"La DSI doit être perçue comme un apporteur de valeur, pas comme un centre de coûts" Valérie Riquelme, ex-DSI Groupe Keolispar David Abiker
De ses débuts dans l’informatique à la direction des systèmes d’information, Valérie Riquelme a construit son parcours avec une conviction : la technologie n’a de sens que si elle sert les métiers et les femmes et les hommes de l’entreprise. Elle revient sur les rencontres qui l’ont façonnée, sa conception du management et la place des femmes dans la tech. Et se projette déjà dans la prochaine révolution : celle de l’intelligence artificielle.
Valérie Riquelme, qu’est-ce qui vous a donné envie de faire de l’informatique votre métier ?
Lorsque j'étais au lycée, je cherchais un métier évolutif qui me permette de ne pas faire la même chose pendant toute ma carrière. Je rêvais d'un métier m'obligeant à apprendre constamment et à m'enrichir intellectuellement. Je souhaitais également un métier qui me permette de bien gagner ma vie et d'assurer une vie confortable à ma future famille. Enfin, lorsque j'étais étudiante, le chômage était très présent dans de nombreuses familles et l'informatique m'a paru à l'époque (nous étions à la fin des années 80) être un métier d'avenir qui serait plus épargné que les autres par les crises économiques. C'est pour toutes ces raisons que j'ai choisi cette orientation professionnelle.
Quelle rencontre a le plus compté dans votre parcours jusqu’à la direction des systèmes d’information ?
La rencontre qui a le plus compté dans mon parcours professionnel est Pierre Niox-Chateau, l'ancien DSI de chez JCDecaux, que j'ai côtoyé pendant près de 20 ans. Pierre était un manager d'une extrême exigence, tant avec lui-même qu'avec ces collaborateurs. Il m'a appris la rigueur, le fait de ne jamais rien lacher, de toujours aller de l'avant, le principe d'amélioration continue et de ne jamais se reposer sur ces lauriers. Il m'a également appris à ne pas laisser passer les trains mais au contraire à se saisir des nouvelles technologies au bon moment afin d'accompagner l'entreprise et ses métiers vers l'excellence et l'innovation qui sont la marque de fabrique de JCDecaux. Bref, il m'a aidé à grandir et à franchir toutes les étapes qui m'ont permis de prétendre au poste de DSI.
Vous avez exercé toutes les grandes fonctions d’une DSI. Qu’est-ce que cette expérience vous permet de mieux comprendre aujourd’hui ?
Le fait d'avoir exercé toutes les grandes fonctions d'une DSI me permet aujourd'hui de pouvoir dialoguer avec n'importe quel collaborateur de mon équipe, qu'il s'agisse d'un Product Owner, d'un développeur, d'un administrateur de bases de données, d'un architecte, d'un responsable infra, d'un RSSI où d'un contrôleur de gestion IT. Je sais que cela est très apprécié de mes équipes car je suis en mesure de comprendre ce qu'ils font, de m'intéresser à leur quotidien, de les challenger même si bien sûr je ne suis pas une experte dans chacun de ces domaines.
Vous vous présentez comme une partenaire des métiers et du comité exécutif. Quel malentendu sur le rôle d’une DSI aimeriez-vous dissiper ?
La DSI est encore trop souvent perçue comme un centre de coûts et pas comme un apporteur de valeur capable de contribuer à la croissance et à l'efficience de l'entreprise. Nous sommes souvent vus comme des "techos" qui parlons un langage incompréhensible. De nombreux dirigeants d'entreprise ne mettent pas la fonction DSI au COMEX parce qu'ils ne se sentent pas à l'aise à l'idée de manager un DSI dont ils ne comprennent pas le métier.
Qu’est-ce qui vous donne envie d’aller travailler le matin ?
Ce qui me donne envie d'aller travailler le matin est d'abord le plaisir de voir mes collègues, la dimension sociale est très importante pour moi. Je ne crois pas que l'on puisse manager une équipe si on ne créé pas du lien avec elle. Ensuite, le fait d'avoir de l'impact et d'apporter de la valeur aux métiers est très valorisant et enthousiasmant, on se sent un engrenage clé dans les rouages de l'entreprise. La meilleure façon de le voir est malheureusement lorqu'un incident majeur affecte le système d'information et que beaucoup de salariés se retrouvent au chômage technique !
Être une femme a-t-il compté dans la façon dont votre carrière s’est déroulée ?
Je ne pense pas que le fait d'être une femme ait eu un impact majeur sur le déroulement de ma carrière. Je sais que Keolis cherchait une femme DSI, cela a peut-être plaidé un peu plus en ma faveur dans le processus de recrutement.
Qu’avez-vous appris à faire pour être entendue lorsque vous défendez une décision difficile ?
L'honneteté intellectuelle et la bienveillance. Selon moi, il est crucial de créer des relations de confiance avec ses collègues, ses collaborateurs et sa hiérarchie afin d'être entendue lorqu'on défend une décision difficile.
Dans les équipes que vous avez dirigées, qu’est-ce qui a le mieux fonctionné pour faire progresser les femmes vers des responsabilités ?
Leur donner confiance en elle, leur montrer qu'être une femme n'est pas un frein dans un monde d'hommes lorsqu'elles sont compétentes, qu'elles maitrisent leurs sujets et qu'elle savent s'intégrer dans des équipes essentiellement masculines. J'ai été très touchée lorsque des collaboratrices m'ont dit que j'étais un modèle pour elles car elles considéraient que j'avais réussi à allier leadership et "bienveillance au féminin".
Quel défi aimeriez-vous relever dans la prochaine étape de votre carrière ?
J'aimerai apporter ma contribution au fait de faire prendre le virage de l'IA à mon équipe en particulier et à l'entreprise en général. Je suis convaincue que nous sommes en train de vivre une révolution technologique qui n'a jamais été aussi rapide à s'intégrer aussi bien dans les foyers que dans les entreprises et que seules celles qui auront su trouver la place de l'IA au sein de leurs processus opérationnels resteront compétitives.
Que diriez-vous à une jeune fille qui pense que les métiers de la tech ne sont pas pour elle ?
Je lui dirai d'abord que les métiers de la tech ne sont pas que tech ! Dans une DSI, les postes dit "fonctionnels" en relation avec les métiers sont clés pour transcrire les besoins opérationnels dans un langage compréhensible pour un développeur. Par ailleurs, il n'est pas nécessaire d'être un cador en maths pour faire de la tech, et c'est souvent le frein que voient les jeunes filles. La filière ingénieur n'est pas la seule voie pour faire de la tech.
Pensez-vous que l’IA puisse un jour remplacer les experts de l’informatique et des systèmes d’information ?
Oui, je pense que l'IA va avoir un impact majeur dans nos métiers. Je ne sais pas à quel point il s'agira d'un remplacement mais pour sûr les tâches de nombreux métiers de l'informatique vont changer : un développeur va passer plus de temps à lire du code qu'à en écrire mais il va aussi faire d'autres tâches qui ne sont pas aujourd'hui forcément dans ses attributions car on ne peut pas lire du code toute la journée ! Un PO passera moins de temps à écrire ses User Stories mais plus de temps avec les métiers pour mieux comprendre leurs besoins. Bref, c'est tout le processus de discovery et de delivery qui va être impacté. L'important est d'aborder le sujet dans sa globalité et surtout pas de façon silotée car ça ne ferait que déplacer les actuels bottleneck !
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