Le mot des pilotes
Interview croisée des pilotes du Groupe de Travail Workplace et Travail Hybride
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Les 3 copilotes du GT Workplace et Travail Hybride sont :
- Catherine Joyeux, Responsable Production du Service PRISM, à la Banque de France
- Anthony Picollo, Architect Modern Workplace chez OPmobility
- François Garang, Workplace Architect chez Solvay
Catherine, Anthony, qu’est-ce qui a motivé votre décision de devenir co-pilote du GT ?
Catherine : Ce qui m’a motivé à devenir pilote du groupe de travail Digital Workplace, c’est avant tout l’envie de partager et de confronter les expériences dans un moment où l’environnement de travail connaissait une transformation sans précédent. Lorsque je suis devenue copilote en septembre 2020, nous étions en pleine crise du COVID : le télétravail, la continuité d’activité et le support aux utilisateurs étaient devenus des enjeux critiques pour toutes les organisations.Anthony : De mon côté, cela fait plus de 10 ans que je participe aux événement du CRiP, un engagement croissant au sein du groupe de travail Digital Workplace et Travail Hybride. Il y a un an, j’ai accepté de devenir co‑pilote du groupe. Un peu comme Catherine, rejoindre le co‑pilotage m’a semblé être la meilleure façon de contribuer activement à cette dynamique collective. Cela me permet de structurer les échanges, valoriser les retours d’expérience concrets avec beaucoup de pragmatisme et une touche d’humour pour tenir le rythme !
Depuis le coup d’accélérateur donné par les années Covid, quelles sont désormais les nouvelles priorités des Membres du GT ?
Anthony : Il est vrai que j’observe un changement dans les attentes des membres du GT. Après avoir maîtrisé l’urgence du télétravail à grande échelle, les organisations doivent désormais composer avec un paysage technologique devenu plus complexe et plus fragmenté. La Digital Workplace s’industrialise, les usages se transforment, et il devient indispensable d’aller au‑delà des discours marketing pour revenir à la réalité du terrain : les succès, les défis… et parfois les surprises qui n’étaient pas prévues.La prolifération du cloud, la multiplication des services, des fournisseurs et des usages impose une maîtrise beaucoup plus fine des coûts. Avec la mobilité accrue et la diversité des environnements d’accès, protéger le poste de travail et smartphones n’a jamais été aussi critique : Zero Trust, posture management, isolation des workloads et maîtrise des identités sont désormais incontournables. Le Digital Workplace n’est plus seulement un sujet technologique : il est devenu un enjeu stratégique et durable pour les organisations.
Catherine : Pour compléter la réponse d’Anthony, j’ajouterais que le numérique responsable s’affirme désormais comme un axe structurant : mesure de l’empreinte carbone du poste de travail, allongement du cycle de vie, choix responsables des équipements et optimisation des usages font désormais partie des attentes fortes. Et avec l’arrivée massive de l’intelligence artificielle dans nos outils du quotidien, les membres du GT cherchent aujourd’hui à comprendre comment intégrer l’IA de façon responsable, sécurisée et conforme, tout en en tirant de la valeur concrète pour les collaborateurs et pour les métiers. L’IA est au cœur de nos débats, mais les cas d’usage concrets appliqués au Digital Workplace peinent encore à émerger, ce qui alimente beaucoup de réflexions.
Anthony, l’arrivée massive de l’IA dans les entreprises change-t-elle les approches Workplace et Travail Hybride parmi les Membres du GT ?
Comme l’a dit Catherine, l’IA influence clairement les approches Workplace et Travail Hybride, mais son adoption reste très progressive du point de vue des Membres du GT.Face aux perspectives qu’elle fait miroiter, l’IA apporte aussi de nouveaux défis. Les solutions IA ont un coût non négligeable : licences, montée en gamme des équipements, besoins en GPU/NPU, gouvernance renforcée… tout cela crée un décalage entre les promesses et la réalité budgétaire. Enfin, l’un des points les plus sensibles pour les Membres du GT reste la difficulté à mesurer objectivement les gains de productivité. Entre perception, adoption variable selon les métiers et absence d’indicateurs fiables, il est compliqué de démontrer de manière chiffrée la valeur générée, ce qui ralentit parfois les décisions d’industrialisation.
En résumé, l’IA transforme indéniablement la Digital Workplace, mais de façon progressive et pragmatique : les usages se cherchent encore, les équipements évoluent, et les organisations tentent d’équilibrer innovation, coûts et preuves d’efficacité.
Catherine, les préoccupations de souveraineté numérique ont-elles des répercussions concrètes en matière de Workplace et Travail Hybride ?
Oui, c’est tout à fait le cas au sein de mon entreprise. En tant que SIIV, la souveraineté numérique influence directement notre manière d’aborder la Workplace et le Travail Hybride. C’est désormais devenu un sujet central : pour chaque composant du système d’information, il nous est désormais demandé d’identifier une « exit strategy » et même une « exit emergency », afin de garantir notre capacité à reprendre la main en cas de rupture, de crise ou de changement de fournisseur. Cette exigence s’applique naturellement au Digital Workplace, mais elle y est particulièrement difficile à mettre en œuvre. La suprématie des acteurs américains, et plus largement de Microsoft, fait qu’il existe aujourd’hui très peu d’alternative souveraine réellement non régressive pour couvrir l’ensemble des besoins du poste de travail moderne. Dans ce contexte, notre approche consiste à limiter les impacts en renforçant fortement la sécurité, en maîtrisant mieux les dépendances et en encadrant de manière plus stricte l’usage des services cloud et collaboratifs.L’organisation de sessions au sein du GT spécifiquement dédiées autour de la souveraineté, prouve que, pour nos membres, cette préoccupation n’est plus périphérique mais centrale. Elle influence aussi bien le choix des fournisseurs que les stratégies d’hébergement, les gestions de données sensibles ou encore les arbitrages liés aux solutions collaboratives. La souveraineté numérique n’est plus un sujet “à part” : c’est devenu un enjeu transversal qui s’impose dans toutes les réflexions liées à la Digital Workplace et au Travail Hybride.
Les échanges et retours d’expérience au sein du GT ont-ils contribué au succès (ou à l’élaboration) d’un projet au sein de votre propre entreprise ?
Anthony : C’est le cas ! Lors des sessions d’octobre dernier portant sur les matériels mis à disposition des utilisateurs, les discussions entre pairs ont été particulièrement éclairantes. Les retours sur les stratégies de segmentation des équipements, les critères de choix des nouveaux modèles et les tendances observées sur le terrain m’ont permis de confronter nos propres orientations à celles d’autres grandes organisations.Ces échanges ont joué un rôle déterminant : ils ont non seulement confirmé la pertinence des choix que j’avais envisagés, mais ils ont aussi apporté des points de vigilance complémentaires et des idées pratiques difficilement accessibles via les fournisseurs ou les analyses purement théoriques.
Catherine : Pour ce qui est de la Banque de France, la visite de l’organisation mise en place au sein de la Société Générale, ainsi que les retours d’expérience partagés par d’autres entreprises du GT, ont été déterminants car ils nous ont permis de comprendre comment repenser la relation aux utilisateurs. C’est dans cette dynamique que nous avons décidé de créer nos kiosques IT, un dispositif directement inspiré de ces partages, qui a profondément modernisé notre manière d’accompagner les collaborateurs et de traiter leurs besoins.
Comment voyez-vous l’évolution du GT à horizon 2 ans ?
Anthony : À horizon deux ans, je vois le Groupe de Travail évoluer autour de trois dynamiques majeures qui transforment déjà en profondeur la Digital Workplace : l’IA, la cybersécurité et la souveraineté numérique.L’IA continuera de prendre une place centrale dans nos échanges. Les usages sur les postes de travail, la montée en puissance des équipements dotés de NPU, les modèles exécutés localement ou hybrides, mais aussi la mesure de valeur, deviendront des sujets structurants du GT.
En parallèle, la cybersécurité restera incontournable. Avec l’augmentation des menaces, la complexité des environnements hybrides et la nécessité de concilier mobilité et protection des données, les enjeux autour du Zero Trust, de la posture security du poste de travail et de la maîtrise des identités vont encore s’intensifier. Le GT devra renforcer sa capacité à proposer des retours d’expérience concrets et des bonnes pratiques actionnables.
Enfin, la souveraineté numérique continuera d’imprégner toutes les discussions. Le contexte géopolitique, les dépendances technologiques et les enjeux de conformité pousseront les entreprises à questionner leurs choix d’outils, d’hébergement et de fournisseurs. Le GT aura un rôle essentiel pour éclairer ces décisions en apportant une vision collective, pragmatique et neutre.
Catherine : J’imagine que cette évolution devrait être marquée par une présence beaucoup plus forte de l’IA dans les pratiques et les outils du Digital Workplace. Cette montée en puissance va transformer les usages, avec davantage d’automatisation, de services intelligents intégrés et une généralisation du selfservice pour les utilisateurs. Ces sujets seront sans aucun doute au cœur des échanges du GT.
En résumé, dans deux ans, j’imagine un GT encore plus stratégique, ancré sur des sujets de fond qui dépassent la technique et influencent directement les orientations des organisations. Un espace où l’on partage, on analyse, on se challenge et où l’intelligence collective est plus que jamais notre meilleur outil.