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Femmes de Tech

Hajer Ouerghi, Directrice des solutions et données transverses - Caisse des Dépôts et Consignations
par David Abiker

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Issue d’une formation financière, Hajer Ouerghi n’était pas destinée à la tech. Aujourd’hui directrice des solutions et données transverses à la Caisse des Dépôts et Consignations, elle pilote des projets clés autour de la data et de l’intelligence artificielle. Elle raconte une trajectoire construite pas à pas, entre innovation, responsabilité publique et gouvernance. Et livre un regard lucide sur la place des femmes dans les métiers du numérique.
 

Vous êtes directrice des solutions et données transverses à la Caisse des Dépôts et Consignations. Concrètement, à quoi ressemble votre quotidien ?

Mon rôle est de construire et de piloter les fondations technologiques — data, IA, digitalisation des processus, documentaire, référentiels et expérience client — qui permettent aux métiers de travailler efficacement et de se transformer dans la durée.

Mon quotidien alterne entre pilotage stratégique, arbitrages, animation d’équipes d’experts et dialogue constant avec les métiers. L’objectif est de fournir des socles fiables, créateurs de valeur et qui simplifient les usages, tout en respectant des exigences élevées de performance et de conformité.
 

Dans un groupe public comme la Caisse des Dépôts, comment concilier innovation rapide en IA et exigences fortes de responsabilité, d’éthique et de souveraineté ?

À la Caisse des Dépôts, compte tenu de son statut, l’innovation en matière d’intelligence artificielle s’inscrit dans un cadre exigeant en termes de responsabilité, d’éthique et de souveraineté.

L’IA est envisagée comme un levier au service de l’intérêt général, avec une attention particulière portée à la maîtrise des données, des technologies et des usages, dans le respect des cadres réglementaires et institutionnels en vigueur.

En soutenant des initiatives comme l’indice de résilience numérique (IRN), notre groupe illustre sa volonté de mieux mesurer et maîtriser ses dépendances technologiques.


Qu’est-ce qui vous a conduite vers la data et l’IA ? Était-ce un choix réfléchi dès le départ ou une trajectoire qui s’est dessinée en chemin ?

Plutôt une trajectoire qui s’est construite progressivement.

J’ai été attirée par la data et l’IA parce qu’elles se sont imposées comme des leviers concrets pour mieux comprendre les enjeux, objectiver les décisions et améliorer l’action publique ou organisationnelle.

Avec le temps, j’ai fait le choix d’approfondir ces sujets de manière réfléchie, en m’intéressant autant à leur potentiel qu’aux questions de gouvernance et d’impact. Aujourd’hui, c’est cette combinaison entre innovation technologique et exigence de responsabilité qui donne du sens à mon parcours.
 

En regardant votre parcours, quel a été le moment charnière, celui où vous vous êtes dit : “j’ai envie de travailler dans l’informatique” ?

Je suis financière de formation et, au départ, je ne me projetais pas spécifiquement dans l’informatique. Le moment charnière a été mon passage chez CNP Assurances, lorsque j’ai travaillé sur le dossier d’homologation du modèle interne emprunteur.

Ce projet m’a amenée à travailler très étroitement avec les équipes informatiques, sur des sujets où la qualité des données, les systèmes et les outils étaient déterminants. J’ai alors pris conscience du rôle structurant de l’IT dans la fiabilité des décisions et dans le dialogue avec le régulateur.

Ce que j’ai particulièrement apprécié, au-delà des analyses, c’est la capacité à concevoir et à mettre en place des outils concrets, utiles aux équipes et durables dans le temps. C’est cette articulation entre expertise métier, data et solutions opérationnelles qui a naturellement orienté la suite de mon parcours.
 

Un événement ou une personne a-t-il joué un rôle particulier dans ce choix de carrière ?

Plusieurs personnes inspirantes mais l’une d’entre elles a joué un rôle plus marquant. Une ancienne collègue, professionnelle très engagée, exigeante et profondément investie dans son travail.
Sa manière d’aborder des sujets complexes avec rigueur et sens des responsabilités m’a beaucoup inspirée. Cette rencontre a conforté mon envie d’évoluer dans ce domaine, et je lui en suis très reconnaissante.
 

Avez-vous le sentiment d’avoir dû davantage prouver votre légitimité en tant que femme dans la tech, notamment dans des environnements très experts ou très masculins ?

Oui, clairement. Dans des environnements très experts et encore très masculins, j’ai souvent eu le sentiment qu’il fallait être plus irréprochable, plus préparée, pour que la légitimité soit reconnue au même niveau.

Les chiffres expliquent en partie cette perception : en France, les femmes occupent 24 % des emplois dans les professions du numérique. Cela dit, dans la durée, ce qui fait la différence reste très factuel : la maîtrise des sujets, la capacité à structurer et la qualité d’exécution.
 

Aujourd’hui, selon vous, les freins à l’accès des femmes aux métiers de la tech sont-ils plutôt culturels, éducatifs ou organisationnels ?

Pour moi, les freins sont avant tout culturels et éducatifs, et ils sont étroitement liés. Les représentations collectives de « qui est légitime » dans les métiers de la tech se construisent très tôt : à l’école, dans l’entourage, et plus largement dans la société.

L’éducation est essentielle, non seulement pour transmettre des compétences, mais aussi pour développer la confiance en soi. Comme l’écrivait Simone de Beauvoir : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas ; c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. » Une formule qui résume bien les mécanismes d’autocensure encore à l’œuvre.
Sur le plan organisationnel, en revanche, je trouve que l’on avance beaucoup. Il existe de plus en plus d’initiatives concrètes pour faire entrer davantage de femmes dans le numérique : formations, reconversions, mentorat, programmes dédiés. On observe aussi des dynamiques collectives comme Femme@Numérique, qui visent à changer d’échelle.


À une jeune femme qui hésite encore à s’orienter vers les métiers de la tech, que dites-vous ?

Je lui dirais de foncer sans hésiter. Si j’ai pu le faire avec un parcours qui n’était pas initialement technique, alors elle le peut aussi.
La tech n’est pas réservée à quelques profils experts dès le départ : ce qui compte, c’est la curiosité, l’envie d’apprendre et l’engagement. Le reste s’acquiert en chemin.
 

Enfin, si vous deviez transmettre un seul conseil de carrière à une jeune fille - celui que vous auriez aimé entendre plus tôt - lequel serait-ce ?

N’attends pas de cocher toutes les cases avant d’y aller.
Lance-toi, apprends en chemin, et rappelle-toi que la légitimité se construit. Et, accessoirement, tu es probablement déjà plus prête que tu ne le penses.

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