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Le mot du dirigeant

Modernité technologique du SI et « omotenashi », la culture de l’excellence à la japonaise
Frédéric CLARET

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Frédéric Claret a rejoint Fujitsu en 2015, comme Directeur Avant-vente pour le France, puis pour l’Europe de l’Ouest. Il a ensuite pris la Direction de Fujitsu Suisse, avant de devenir CEO de Fujitsu France en 2024.


Pouvez-vous nous retracer la carte d’identité de Fujitsu ?

Fujitsu, c’est d’abord une grande entreprise technologique japonaise, avec une histoire très forte. Nous avons fêté nos 90 ans en 2025, et ce n’est pas anecdotique : cela dit quelque chose de notre identité. Depuis le début, la technologie est au cœur de la proposition de valeur de Fujitsu. Elle l’était à l’origine, elle l’est encore aujourd’hui. Ce qui change, ce sont les usages, les modèles, les attentes des clients. Mais ce socle technologique, lui, n’a jamais bougé.
À l’échelle mondiale, Fujitsu, c’est 3 550,1 milliards de yens de chiffre d’affaires (environ 19,4 milliards d’euros) sur l’exercice 2024 et 113 000 collaborateurs au 31 mars 2025. Je précise ce point, parce que l’année fiscale 2025 de Fujitsu se clôt au 31 mars 2025, ce qui explique pourquoi nous parlons aujourd’hui encore des chiffres FY2024. Ce qui nous distingue aussi d’une société de services globale plus classique, c’est la profondeur de notre moteur d’innovation : 101,2 milliards de yens (plus de 500M€) investis en R&D sur l’exercice 2024. Fujitsu a aussi historiquement mis en avant une base de plus de 1 500 chercheurs et un portefeuille de plus de 32 000 brevets, ce qui traduit une vraie culture d’ingénierie et de recherche.


Et en France ?

En France, et plus largement sur le périmètre France-Suisse, notre rôle, c’est de transformer cette force mondiale en résultats concrets pour nos clients. Nous sommes à la fois un acteur de proximité, très ancré dans les réalités du marché, et un point d’accès à toute la profondeur technologique, industrielle et de recherche du groupe Fujitsu. C’est cela qui fait notre valeur.
Aujourd’hui, les clients attendent deux choses en même temps : de la proximité et de la solidité. Ils veulent des partenaires qui comprennent leurs contraintes locales, leurs enjeux métiers, leurs arbitrages de DSI, mais qui ont aussi la capacité d’ouvrir le champ des possibles. C’est exactement ce que nous cherchons à apporter en France et en Suisse


Sur le marché français, quels sont vos activités principales ?

Sur le marché français, nous sommes positionnés sur les grands sujets qui occupent aujourd’hui les DSI. Il y a d’abord la souveraineté, mais avec une approche très pragmatique : il ne s’agit pas d’opposer le cloud public, le cloud souverain et le data center, il s’agit de positionner correctement les données, les applications et les usages selon leur criticité. Il y a ensuite la question du legacy IT : beaucoup d’organisations doivent moderniser sans casser l’existant. Et puis il y a toute la préparation à l’Agentic AI, qui suppose une base data solide, gouvernée, sécurisée, bien positionnée. Les travaux Fujitsu sur les CIO européens montrent d’ailleurs bien que les enjeux de modernisation du legacy, d’IA, de cybersécurité, de cloud et de souveraineté des données sont désormais traités ensemble.
Nos offres locales s’articulent donc très fortement autour de l’Hybrid IT, du move to cloud, du Digital Workplace, de la data et de l’IA, ainsi que du service management. Et nous sommes particulièrement engagés sur plusieurs terrains sectoriels : le retail, le luxe, l’hospitality, l’industrie et la supply chain. Ce sont des secteurs où la transformation est très concrète, très opérationnelle, et où l’on voit bien que donnée, résilience, expérience et efficacité convergent de plus en plus.


Le fait d’être une entreprise japonaise vous rend-il différent d’autres acteurs du marché ?

Oui, je le crois sincèrement. Mais pas dans un sens folklorique. Dans un sens très concret. Être une entreprise japonaise, pour Fujitsu, cela veut dire une vraie culture de l’excellence, du sérieux, du temps long, de la fiabilité, et surtout du respect du client. C’est une culture dans laquelle la confiance se construit dans la durée, par l’exécution. C’est aussi une culture de l’amélioration continue, très proche de l’esprit kaizen.
Et puis il y a aussi cette idée japonaise d’omotenashi, que l’on peut résumer comme une attention sincère portée au client, avec le souci du détail et de la qualité de service. Je trouve que cela correspond assez bien à la manière dont nous voulons travailler chez Fujitsu : être très client centric, très engagés, avec une vraie recherche d’excellence opérationnelle. Et ce n’est pas qu’un discours. En France, les résultats Whitelane 2025 ont confirmé Fujitsu France comme n°1 en Services Cloud & Infrastructure et n°1 en Digital Workplace, avec un niveau de satisfaction client particulièrement élevé. Pour moi, c’est une très bonne illustration de ce que nous voulons être.


Quels sont les grands axes stratégiques de développement technologiques de Fujitsu ?

Je vois d’abord un axe très clair autour de l’IA, mais d’une IA pensée pour l’entreprise réelle : une IA gouvernée, intégrable, sécurisée, capable de produire des résultats concrets. Ensuite, il y a tout ce qui touche à l’Hybrid IT, à la modernisation des architectures, au move to cloud, à la résilience, au pilotage des coûts et à la capacité à faire cohabiter des environnements différents de manière cohérente. Et enfin, il y a des sujets plus avancés, comme le quantum, les technologies d’optimisation, ou plus largement les innovations issues de notre recherche.
Ce que je voudrais souligner, c’est que tout cela se rejoint très vite pour un DSI. La vraie question, ce n’est pas d’empiler des technologies. La vraie question, c’est : comment moderniser, innover, gouverner et passer à l’échelle sans perdre le contrôle ? C’est là que Fujitsu veut être utile. Et avec une conviction très simple, presque japonaise dans l’esprit : on ne fait pas de la technologie pour la technologie, on fait de la technologie pour créer un équilibre entre performance, confiance, sobriété et impact métier.
 

Quelle est la place de l’offre de services dans l’activité de Fujitsu ? Sur quels secteurs investissez-vous le plus ?

L’offre de services est centrale. Aujourd’hui, la valeur ne se crée plus seulement dans la technologie elle-même, mais dans la capacité à aider les clients à la choisir, à l’intégrer, à la faire évoluer, à la sécuriser et à l’optimiser dans le temps. C’est particulièrement vrai sur les grands sujets qui occupent les DSI : Hybrid IT, Digital Workplace, modernisation, gouvernance de la donnée, IA, service management, optimisation des coûts, transformation opérationnelle.
Et là encore, nos priorités sont très lisibles. Nous sommes particulièrement engagés sur l’Hybrid IT et le Digital Workplace — deux domaines où notre crédibilité est d’ailleurs objectivée par Whitelane en France — ainsi que sur des secteurs comme le retail, le luxe, l’hospitality, l’industrie et la supply chain. Sur le retail, par exemple, l’intégration de GK Software au sein de Fujitsu renforce clairement notre capacité à adresser les enjeux retail, expérience client, encaissement et plateformes omnicanales.
 

La R&D est un point central chez Fujitsu, sur quels sujets travaillez-vous ?

Oui, la recherche est un pilier majeur chez Fujitsu. Et c’est un vrai élément différenciant. Nous travaillons sur des sujets qui vont de l’IA de confiance au quantum, en passant par les systèmes multi-agents, l’optimisation, la cybersécurité, ou encore les architectures avancées. Mais ce qui est intéressant, c’est que cette recherche ne se fait pas en vase clos. Fujitsu met fortement en avant ses collaborations avec des institutions académiques de premier plan au Japon, notamment RIKEN, The University of Tokyo ou encore Osaka University. En cela, Fujitsu France est un véritable pont entre nos pays qui ont beaucoup de choses à partager très clairement.
Et il y a un deuxième point très important : cette recherche est connectée à l’écosystème. Fujitsu a une approche de plus en plus ouverte, avec de l’open source sur certains sujets, notamment autour des technologies multi-agents, et des coopérations avec de grands acteurs technologiques comme par exemple Microsoft, NVIDIA ou ServiceNow selon les domaines. C’est cela qui me paraît fort : une recherche de haut niveau, mais toujours reliée aux usages, aux standards et à la création de valeur pour les clients
 

En matière d’IA, quelles valeurs apportez-vous à vos clients ?

La première valeur que nous apportons, c’est probablement une forme d’équilibre. Et c’est très japonais dans l’esprit. Même si nous sommes une entreprise de technologie, nous ne croyons pas à la tech pour la tech. Nous croyons à une technologie utile, maîtrisée, positionnée au bon endroit, au bon moment, pour produire un résultat concret.
En matière d’IA, cela veut dire une chose très simple : il n’y a pas d’IA solide, et encore moins d’Agentic AI, sans une gestion de la donnée réellement optimisée et contrôlée. Il faut une bonne gouvernance, une bonne qualité de la donnée, un bon niveau de sécurité, et surtout un bon positionnement entre cloud public, cloud souverain et data center selon la criticité des usages. Les travaux “Breakthrough” (étude Fujitsu menée en Europe auprès de 1700 décideurs IT) montrent d’ailleurs bien que les CIO européens doivent simultanément gérer IA, modernisation du legacy, cloud, cybersécurité et souveraineté des données.
La deuxième valeur, c’est notre capacité à relier l’IA à des enjeux très concrets : productivité, expérience collaborateur, automatisation, résilience, optimisation, pilotage. Notre sujet, ce n’est pas de surjouer l’IA. Notre sujet, c’est d’aider les clients à construire une IA d’entreprise qui soit réellement déployable, gouvernée et utile.


Fujitsu a annoncé la création du consortium Fontria pour lutter contre les nouveaux risques liés à l’IA : quels sont ses objectifs concrets ?

Cette initiative est intéressante parce qu’elle adresse un sujet devenu central : les nouveaux risques liés à l’IA, qu’il s’agisse de désinformation, de mésinformation, de sécurité, de fiabilité ou de conformité. Fujitsu l’a présenté comme un consortium international réunissant plus de 50 organisations.
Mais ce que je trouve le plus intéressant, c’est la logique de co-création. Frontria n’est pas simplement un lieu d’observation. C’est une manière d’organiser le travail collectif entre recherche, technologie, partenaires et usages pour faire émerger des réponses concrètes. Et cela dit beaucoup de Fujitsu : nous croyons à l’innovation, bien sûr, mais à une innovation responsable, ouverte et co-construite. Pour les DSI, c’est important, parce que la confiance dans l’IA ne se décrète pas. Elle se construit.


Comment voyez-vous évoluer Fujitsu France à horizon 2030 ?

À horizon 2030, je vois Fujitsu France comme un partenaire encore plus fortement identifié sur trois choses : la confiance, la co-création et l’empathie vis-à-vis des enjeux réels des CIO et des DSI. Aujourd’hui, leurs défis sont immenses : moderniser le legacy, avancer sur l’IA, sécuriser, gouverner la donnée, gérer la souveraineté, arbitrer les coûts, tout en maintenant un haut niveau d’exigence opérationnelle. Comme je le disais, l’étude “Breakthrough” de Fujitsu avec Interbrand, montre bien cette réalité : les leaders IT doivent à la fois piloter l’innovation, moderniser l’existant et s’appuyer sur des partenaires capables d’innover avec eux.
Donc oui, le conseil compte. Mais je pense que la différence se fera de plus en plus sur notre capacité à co-créer avec les clients et à être vraiment alignés avec leurs problématiques. C’est là que l’ADN Fujitsu compte beaucoup : une culture d’écoute, de long terme, d’exigence, et d’empathie. Mon ambition, c’est que Fujitsu France soit perçu non seulement comme un acteur technologique solide, mais comme un partenaire qui comprend profondément les arbitrages d’aujourd’hui et aide à construire des trajectoires crédibles pour demain.

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